[Intro]
[L’harmonium expose seul ses trois notes, avec un long silence après chacune.]

[Verse 1]
Je marche au bord de l’eau sans bonnet, sans drapeau,
Le fleuve prend les lampes et les coupe en morceaux.
Dans ma poche, mon visage heurte un vieux jeton,
Un nez de plâtre blanc, une joue sans expression.
J’ai vécu sur les mairies, les écoles, les écus,
Toujours jeune, toujours droite, toujours sans être vue.
Cette nuit mon profil pèse moins qu’un caillou,
Et je ne sais plus bien s’il appartient à vous.

[Refrain]
Marianne en morceaux,
Que reste-t-il du mot ?
Un front dans le ruisseau,
Un nom gravé trop haut.
Marianne en morceaux,
Peut-elle parler d’en bas ?

[Verse 2]
Sous un pont, deux couvertures entourent un corps endormi,
Une péniche éclaire ses fenêtres sans bruit.
Je pourrais déposer le fragment dans le courant,
Laisser les pièces, les timbres, les discours aux vivants.
Plus de buste à salir, plus de fête au balcon,
Plus de devise offerte au-dessus des prisons.
Je serais une femme sans fonction, sans palais,
Libre de regarder ce qu’on faisait en mon nom.

[Instrumental Break]
[La basse arquée suit le courant; aucune percussion ne joue.]

[Bridge]
J’entends la craie tomber dans le lointain,
Le chariot d’Inès grincer sous le matin.
[Lucette]
« Ne vole pas nos colères. »
Étienne ouvre le tiroir des lettres ordinaires.

[Build-up]
Le fragment quitte l’eau.
Je le serre contre moi.
Je noue le foulard rouge
Autour du plâtre froid.

[Final Refrain]
Marianne en morceaux,
Je ne cacherai plus les maux.
Marianne en morceaux,
Chaque fêlure dira
Qu’un symbole devient faux
S’il ne se brise pas avec ceux qu’il nomma.

[Outro]
Je remonte vers la rive avant que l’eau ne monte.
Le morceau sous le rouge ne réclame plus de honte.
Dans la ville sans sommeil, j’entends un pas, puis trois :
Ceux qui ne sont pas partis reviennent vers moi.
